Vollak Kong

JORNG JAM, “TO REMEMBER”

(Cambodge) Courtesy GALERIE LEE

© Vollak Kong / Courtesy Galerie Lee

« Dans une famille on m’a dit que ces photos étaient plus précieuses que de l’or ». C’est ainsi que Vollak Kong, artiste cambodgien né en 1983, formé à la sculpture et aux arts visuels à l’Université Royale des Beaux-Arts de Phnom Penh parle des photographies de famille qu’il a retravaillées en peignant des parties de ces documents d’aplats dorés qu’il griffe parfois.

Ce travail plastique qui ne se veut en rien décoratif souligne à sa manière l’importance des questionnements de la mémoire qui reste, avec l’identité, un des thèmes transversaux de la création contemporaine dans un pays qui continue à panser les plaies de la tragédie Khmer Rouge.

C’est pour interroger sa mère – qui ne lui en avait jamais parlé – sur cette période que Vollak utilisa une des rares photographies existant dans sa famille. Un portrait de studio tout simple, montrant deux jeunes filles. C’était avant la guerre et, avant d’aller chez le photographe, elles s’étaient faites belles, achetant une nouvelle robe, allant se faire maquiller et coiffer. L’épreuve qui reste est en mauvais état, elle a été pliée en quatre. Lorsque les Khmers Rouges, après avoir pris la capitale le 17 avril 1975, vidèrent la ville de ses habitants, beaucoup enterrèrent argent, bijoux et photographies qui les désignaient comme des bourgeois, des ennemis à détruire. D’autres, comme la mère de Vollak, brûlèrent les photos. Mais elle en conserva une seule, qu’elle plia et emporta dans son baluchon, cachée dans les vêtements malgré le risque.

Aujourd’hui, c’est la seule mémoire qui lui reste du temps d’avant, du temps du bonheur. Et son artiste de fils l’a transformée en icône, dans un pays et une culture où n’existe aucune tradition de ce type.

Christian Caujolle

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ESPACE SNCF Gares & Connexions
du 20 mai au 7 juin
VERNISSAGE
Jeudi 21 mai à 12h

+ LE PHOTOGRAPHE

Vollak Kong (né en 1983) a étudié les beaux-arts et la sculpture à l’Université Royale des Beaux-Arts de Phnom Penh. Il est aussi diplômé de l’Institut National de l’Éducation avec un diplôme en pédagogie (Phnom Penh, 2007). Il a aussi étudié la photographie avec Stephan Janin. Au cours des dernières années, Vollak a participé à des ateliers et des échanges avec des artistes venus de France, Pologne, Japon, Andorre, Sri Lanka et Thaïlande. En 2007, avec d’autres artistes de sa génération, il forme le groupe Stiev Selapak (“Les rebelles de l’art”). Dans la même année, Vollak est nommé Curateur du Cambodge pour le Projet d’Art et de Culture du Mékong. Tout en développant ses travaux, il enseigne dans les collèges.

Vollak Kong – Work Hard