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EXPOSITION LA FRANCE VUE D'ICI >

ROMAIN PHILIPPON & FRANÇOIS GAERTNER

Commune-Primat est un petit quartier de Saint-Denis de La Réunion. Ici, jusque dans les années 1970, un bidonville s’étendait sur une bande de savane coincée entre un lit de rivière et une ravine.

© Romain Philippon

Au bout de cette langue sèche s’élevaient les fumerolles d’une décharge à ciel ouvert où s’amoncelaient les ordures de la plus grande ville des départements et territoires d’outre-mer. Fermée d’un côté par l’océan, de l’autre par une quatre-voies, Primat est aujourd’hui une cité un peu coupée du monde. Quelque 1 700 personnes vivent dans les immeubles d’habitation à loyer modéré (HLM) et les maisons mitoyennes bâties au fil des opérations de résorption de l’habitat insalubre (RHI). La décharge a disparu, remplacée par les infrastructures typiques des périphéries urbaines – stade de football, centre commercial, parkings, cimetière et centre funéraire – qui creusent un périmètre vide autour du petit village de béton devenu une île dans l’île.

Fin 2015, une étude publiée dans un quotidien local désignait Commune-Primat comme le quartier le plus pauvre de La Réunion, département français déjà hors norme sur le plan social, où une personne sur deux vit sous le seuil de pauvreté.

Ça n’a pas plu aux habitants, qui sont fiers de leur quartier, et souvent nostalgiques du « Primat d’avant » la réhabilitation. Entre eux, ils s’appellent « les Primatoriens » et savourent les faux airs d’aristocratie romaine qui ronflent dans le titre. La rumeur urbaine leur a longtemps prêté la réputation d’être les plus bagarreurs de l’île. Cette image de quartier chaud est, pour certains, à l’origine du nom sous lequel beaucoup le connaissent : Commune Do Fé (Commune De Feu). Pages suivantes : Jonas, établi à Commune-Primat depuis 1953 ; Françoise, qui garde de tendres souvenirs de son « Primat lontan » où sa famille jouissait d’un prestige enviable ; et Thérèse, qui a toujours vécu là, bien avant que les militaires ne construisent les premières baraques.


BIOGRAPHIE
Installé à La Réunion, Romain Philippon, né en 1980, développe depuis plusieurs années des thématiques liées à l’insularité, dans l’océan Indien et dans les Caraïbes. Dans ses photographies, qui vont du documentaire à l’expérimentation avec d’autres artistes, il met la poésie au cœur de son travail. François Gaertner, né en 1980 est journaliste, chroniqueur et traducteur.

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